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NEMO & CO

Le onzième festival Némo, de retour au Forum des Images pour son édition 2009, s’est étendu géographiquement en établissant des partenariats avec des lieux tels l’église parisienne Saint-Eustache, Le Cube d’Issy-les-Moulineaux ou le Centre des Arts d’Enghien-les-Bains et, des événements, comme Exit à Créteil et le SIANA à Evry ou des festivals à l’instar de STRP d’Eindhoven et d’Elektra de Montréal.

imgEn provenance d’Elektra

Tvestroy sp Thomas Ouellet Fredericks & Danny Perreault, “Tvestroy”, 2008.


imgC’est durant le festival Elektra 2008, à Montréal, que le directeur artistique du festival Némo, Gilles Alvarez, a découvert la performance “Tvestroy” des Canadiens Thomas Ouellet Fredericks et Danny Perreault. Et c’est au Forum des Images que cette même performance initie l’édition 2009 de l’événement parisien. Une voix synthétique évoquant le célèbre piratage en 1977, par une “intelligence extraterrestre”, d’une chaîne de télévision du Royaume-Uni, emplit l’espace sonore de la salle : « This is the voice of Vrillon a representative of the Ashtar Galactic Command speaking to you ». Puis, des formes géométriques s’animent et se succèdent au sein des images vidéoprojetées comme dans les écrans des huit téléviseurs alignés sur la scène. Quant à la musique électronique qui les accompagne de ses rythmes répétitifs et les renforce par son volume élevé, elle participe à nous “reprogrammer”. Les membres du collectif Tvestroy emploient le terme “Cable Bending” pour définir leur pratique de l’image et du son, mais s’il y a eu une quelconque “torsion” durant cette performance quelque peu radicale, ce ne peut être que celle de nos esprits.

imgAu Cube d’Issy-les-Moulineaux

Natures sp Quayola, Mira Calix
& Olivier Coates,
“Natures”, 2008.


imgLe Cube compte parmi les partenaires historiques de Némo. Aussi, Carine Le Malet, la programmatrice du centre d’Issy-les-Moulineaux, y propose une exposition des pièces de la série “Natures” de l’artiste londonien Qayola durant que celui-ci donne, au Forum des Images, une performance intitulée “Natures” elle aussi. Mais en installation, comme en Live, les enjeux esthétiques sont similaires. Une relation s’établit entre des fleurs et des éléments géométriques regroupant points, lignes et plans. Ce sont les mouvements naturels des végétaux, traqués par une application de reconnaissance d’images, qui animent les objets graphiques. Et lorsque les plantes parfois disparaissent, la seule mémoire de leurs mouvements suffit à insuffler la vie aux réseaux de points, de lignes et de plans colorés que la musique de Mira Calix et Olivier Coates accompagne dans leurs naturels déplacements.

imgDans l’église Saint-Eustache

Strata #2 sp Quayola,
“Strata #2”,
2009.


imgLe public du festival, durant la séance d’ouverture de Némo, est incité à passer du Forum des Images à l’église Saint-Eustache, tout proche, pour y découvrir l’installation “Strata #2” de Davide Quayola. La séquence vidéo qui y tourne en boucle magnifie l’architecture gothique française comme “Strata #1”, du même artiste, explorait l’architecture de la renaissance italienne. Les mouvements de caméra, d’une relative lenteur, dévoilent progressivement, dans l’image, la voûte qui est aussi au-dessus de nos têtes. Puis, dès lors que des vitraux ont empli l’espace de cette même image, celle-ci s’augmente des accidents qui y émergent sous la forme d’une multitude de triangles colorés. Leurs apparitions sont accompagnées de sons cristallins semblables au bruit que produit le verre en se brisant. Et la mise au point, toujours dans l’image, en se focalisant tantôt sur les vitraux tantôt sur les éléments graphiques qui les recouvrent progressivement, crée un espace virtuel allant des fragments de verres colorés en direction du regard des spectateur. Or cet espace pourrait aussi bien être qualifié strate.

imgDe retour au Forum des Images

Vivarium sp chdh,
“Vivarium”,
2009.


imgL’une des particularités de cette édition 2009 de Némo réside dans le nombre important des performances audiovisuelles, principalement au Forum des Images. Pour la seconde soirée du festival, c’est au tour de Cyrille Henry et Nicolas Montgermont, les membres du collectif chdh, de présenter, en Live, le projet “Vivarium” existant aussi sous la forme d’un DVD. Ces derniers qualifient d’instruments les objets audiovisuels qui se suivent et se recouvrent à l’écran. L’élasticité de leurs mouvements, tout comme leur apparente autonomie, leur donne des allures de créature. Leur abstraction laisse toutefois ouverte la porte à toutes les interprétations possibles. Il est des particules qui se font insectes tandis que des flux évoluent tels des vers. Les traces qui, parfois, persistent à l’écran, nous évoquent aussi celles inhérentes à un “Nu descendant un escalier”. Et l’empilement de ces organiques instruments aux sons électroniques complexifie l’espace de l’image jusqu’a saturation de l’espace sonore. Quand une lumière rouge envahit l’écran. Avant que d’autres mouvements ne perturbent quelques autres soniques organismes.

imgDurant le festival Exit de Créteil

Gong sp Félicie d’Estienne d’Orves,
“Gong”, 2009.


imgNémo, c’est aussi des installations dispersées en divers lieux d’Ile-de-France tel la Maison des Arts de Créteil où se déroule le festival International Exit qui regroupe une quinzaine de pièces sous la thématique des “Nouveaux Monstres”. Un dispositif sonore y est comparable dans sa forme demie sphérique creuse, comme dans sa taille, à une sculpture d’Anish Kapoor récemment acquise par le Centre Pompidou. intitulée “Gong”, Il en est ainsi des formes qui sont dans l’ère du temps. Celle conçue par Félicie d’Estienne d’Orves, est augmentée d’une lumière colorée vidéoprojetée qui semble se poursuivre au-delà de l’objet pour mieux nous englober. De loin, l’image concentrique qui se forme depuis le centre de la pièce a les allures d’iris d’un œil nous observant. Peut-être celui du robot HAL 9000 imaginé par Stanley Kubrick dans “A Space Odyssey”. La musique qui sonorise le dispositif a été composée par Frédéric Nogray. Elle nous entoure de ses sinusoïdes jusqu’à nous envouter au point qu’il devient difficile de s’extirper du dispositif tant ses fréquences sonores et lumineuses nous hypnotisent.

imgLe SIANA d’Evry

Tempo sp Marie-Julie Bourgeois
& Luiza Jacobsen,
“Tempo”, 2008.


imgLa Semaine Internationale des Arts Numériques et Alternatifs propose, en cette même période de l’année, des spectacles, conférences, workshops et autres expositions où figurent quelques installations ayant été coproduites par l’établissement public Arcadi, à l’origine du festival Némo. Tempo, conçue par Marie-Julie Bourgeois et Luiza Jacobsen, compte parmi celles-ci. Il s’agit d’une œuvre qui, reliée en temps réel à une multitude de webcams, nous présente une mosaïque de ciels, bleus ou orageux, clairs ou obscurs : la représentation d’un ciel global à l’heure de la mondialisation. Le soleil, au centre du dispositif, doit être au zénith, durant qu’il se lève à une extrémité pour se coucher à l’autre. Et toutes les heures, les flux vidéo des cieux d’ailleurs migrent d’une case vers la droite. « E pur si muove » s’exclamait Galileo Galilei. Aujourd’hui, face à la représentation de cet infini partagé par tous, nous sommes dans la position idéale de ceux qui observent, qui veillent, tout en sachant qu’il est encore temps d’agir.

imgAu Centre des Arts d’Enghien-les-Bains

Prosthetic Head sp Stelarc,
“Prosthetic Head”,
2003.


imgNémo, c’est encore des Panoramas internationaux dédiés aux nouvelles images tels ceux projetés au Centre des Arts d’Enghien-les-Bains durant que l’artiste australien Stelarc est à l’honneur dans les salles d’exposition. Ce dernier, durant le vernissage, y est même présent deux fois puisque l’immense tête parlante vidéoprojetée qui lui ressemble étrangement répond aussi au nom de Stelarc. Et le dialogue, via un clavier et en anglais, s’installe entre le public et la “Prosthetic Head” sous le regard, parfois accompagné d’éclats de rires, de l’artiste. Cette tête “intelligente” a réponse à tout sauf quand elle nous demande d’être « plus spécifique ». Elle nous dit, de sa voix de synthèse, qu’elle est Stelarc et que personne ne l’a conçue. Et quand quelqu’un lui pose la question : « Qu’est-ce que l’art ? », elle lui répond que « la définition de l’art dépend tantôt des artistes tantôt des critiques ». Peut-être que demain elle dépendra aussi des machines, mais il ne suffira pas pour cela d’associer les mots “Intelligence” et Artificielle”.

imgLe festival STRP d’Eindhoven

img sp Kurt Hentschlager,
“ZEE”, 2008.


imgEnfin, le festival parisien se poursuit au-delà des limites de l’Ile-de-France au sein d’opérations baptisées Némo@ comme au STRP d’Eindhoven organisant cette année une rétrospective dédiée au collectif Granular Synthesis et à ses deux membres fondateurs : Ulf Langheinrich et Kurt Hentschläger. Ce dernier y présente l’installation immersive ZEE déconseillée à ceux qui ont des problèmes respiratoires ou cardiaques. Et l’on comprend pourquoi dès que la porte se referme. Quand tout a disparu derrière une épaisse fumée artificielle qui envahit aussi nos poumons. On dit des brouillards extrêmes qu’ils sont « à couper au couteau », mais le spectacle, ici, se joue directement sur les écrans de nos rétines excitées par des lumières colorées et stroboscopiques. Murs, sols et plafonds ont disparu au point que se déplacer dans cet environnement cotonneux n’a guère de sens. L’ambiance sonore, faite d’un éternel vrombissement, est tout aussi omniprésente durant qu’une multitude de kaléidoscopes colorés pénètrent comme par effraction dans nos pupilles. Et pour les prochains Némo@, rendez-vous durant les festivals Scopitone, à Nantes et TodaysArt, à La Haye.

Article rédigé par Dominique Moulon pour Images Magazine, juillet 2009.