Accueil

 

ARTICLES


Ars Electronica, bits et atomes

BIAN de Montréal : Automata

Japon, art et innovation

Electronic Superhighway

Biennale de Lyon 2015

Ars Electronica 2015

Art Basel 2015

La biennale WRO

La 56e biennale de Venise

TodaysArt, La Haye, 2014

Ars Electronica 2014

Du numérique dans l’art à Bâle

BIAN de Montréal : Physical/ité

Berlin, festivals et galeries

Unpainted Munich

Biennale de Lyon, et en suite

Ars Electronica, Total Recall

La 55e biennale de Venise

Le festival Elektra de Montréal

Pratiques numériques d’art contemporain

Berlin, arts technologies et événements

Sound Art @ ZKM, MAC & 104

Ars Electronica 2012

Panorama, le quatorzième

Biennale Internationale d'Art Numérique

ZKM, Transmediale, Ikeda et Bartholl

La Gaîté Lyrique, un an déjà

TodaysArt, Almost Cinema et STRP

Le festival Ars Electronica de Linz

54e Biennale de Venise

Elektra, Montréal, 2011

Pixelache, Helsinki, 2011

Transmediale, Berlin, 2011

Le festival STRP d'Eindhoven

Ars Electronica répare le monde

Festivals d’Île-de-France

Tendances d’un art d’aujourd’hui

Pratiques artistiques émergentes

L’ange de l’histoire

La biennale de Lyon

Ars Electronica 2009

La Biennale de Venise

Némo & Co

De Karlsruhe à Berlin

Les arts médiatiques à Londres

Youniverse, la biennale de Séville

Ars Electronica 2008

Réseaux sociaux et pratiques soniques

Peau, médias et interfaces

Des étincelles, des pixels et des festivals

Les arts numériques en Belgique

Territoires de l’image - Le Fresnoy

Ars Electronica 2007

Les arts numériques à Montréal

C3, ZKM & V2

Les arts médiatiques en Allemagne

Le festival Arborescence 2006

Sept ans d'Art Outsiders

Le festival Ars Electronica 2006

Le festival Sonar 2006

La performance audiovisuelle

Le festival Transmediale 2006

Captations et traitements temps réel

Japon, au pays des médias émergents

Les arts numériques à New York


 

INTERVIEWS


Grégory Chatonsky

Antoine Schmitt

Eduardo Kac

Maurice Benayoun

Stéphane Maguet


 

Liens

 

Bibliographie

54E BIENNALE DE VENISE

Se rendre à la Biennale de Venise, c'est accepter de manquer des œuvres tant il y a d'expositions nationales et d'événements collatéraux. Alors il convient de faire des choix sans omettre l'Arsenal et l'exposition ILLUMInazioni organisée par Brice Curiger, la directrice artistique de cette 54e édition. Il y a aussi les pavillons historiques, dans les jardins, et enfin les multiples musées, palais ou églises qui induisent bien souvent que l'on se perde dans Venise.

img24 heures chrono

Natures sp

Christian Marclay,
"The Clock", 2010,
courtesy White Cube,
source Francesco Galli.


imgLe lion d'or du meilleur artiste, cette année, revient à Christian Marclay pour son collage vidéo installé à la corderie de l'arsenal. Intitulé "The Clock", il a nécessité l'assemblage de milliers de séquences provenant de films d'auteurs et de séries télévisées. Où se suivent d'innombrables scènes contenant montres, pendules et horloges en tout genres, de tous les styles et de toutes les époques. L'œuvre est synchrone avec le temps réel aussi il est inutile de regarder l'heure, en cette biennale où le temps presse, puisque on y est contraint. Etrangement, c'est là précisément que critiques, galeristes, collectionneurs et amateurs prennent le temps de suivre l'histoire improbable qui découle du regroupement chronologique de marqueurs temporels cinématographiques ou télévisuels. Et l'histoire, le sens, jaillit mystérieusement de l'enchaînement qui s'est naturellement imposé à l'artiste. La multitude des points de vu l'emporte quand il n'y a plus que le temps qui compte dans cette œuvre aussi globale qu'intemporelle. Sans oublier les voix qui, régulièrement, scandent le temps qui passe, dans l'ennui, comme dans l'urgence.

imgSans limites

Tvestroy sp James Turrell, "Ganzfeld Apani", 2011, courtesy Häusler Contemporary Munich, source Francesco Galli.


imgC'est une file d'attente impressionnante qui annonce l'œuvre de la série "Ganzfeld" que James Turrell a installée à l'intérieur de l'arsenal. Les deux médiateurs situés de part et d'autre d'un monochrome rectangulaire nous invitent à le franchir pour entrer dans une pièce où la lumière colorée n'éclaire qu'elle même. L'artiste, comme à son habitude, a littéralement éradiqué toutes les limites d'un espace intérieur qui n'aurait par conséquent plus de fond. Au point d'imposer la présence d'un autre médiateur pour matérialiser l'ultime limite à ne pas franchir, celle qui conduit pourtant au sublime. Alors un spectateur tend le bras pour renseigner son esprit. Et sa main s'enfonce dans ce second plan qui, lui aussi, n'est que lumière, où même le sol a été "gommé". Un autre spectateur s'exclame : « N'est-ce pas une mouche là-bas, dans le lointain ? ». Un insecte que l'on ne saurait voir de peur que l'œuvre dans son entier ne bascule. Mais cet incident de la mouche ne fait que renforcer notre volonté de poursuivre une telle expérience sensorielle autant qu'il souligne la fragilité d'une œuvre qui nous conduit au sublime.

imgLa chance

Natures sp

Christian Boltanski,
"Chance", 2011.


imgCette année, c'est Christian Boltanski qui représente la France. Et le Pavillon Français est aussi lumineux que bruyant alors que l'artiste a si souvent investi la pénombre, dans silence. Plusieurs installations se réfèrent les unes aux autres et l'on peut tenter sa "Chance". Les portraits de nouveaux-nés défilent sous nos yeux. Une sonnerie, parfois, retentit comme pour annoncer le début d'une pièce de théâtre ou d'un opéra et la machine ralentit pour s'immobiliser sur celui que la chance a choisi. Mais en quoi son destin serait-il différent ? Et pourquoi lui plutôt qu'un autre ? Tous, un jour, nous nous sommes posés de telles questions. Deux compteurs à affichage digital s'incrémentent à chaque naissance, en vert, comme à chaque décès, en rouge. Tous, nous ne faisons que passer, furtivement, et nous serons remplacés, rapidement. Enfin il y a le jeu qui permet de "gagner l'œuvre", à Venise comme en ligne. Il suffit pour cela de cliquer, mais nous n'avons qu'une chance infime de voir s'afficher un portrait qui ne serait autre que l'hybridation de multiples visages. Ne sommes-nous pas tous issus de tels "assemblages" ?

imgArt et politique

Natures sp

Allora & Calzadilla,
"Track and Field", 2011.


imgA intervalles réguliers, il y a un son dans les jardins de Venise qui couvre tous les autres. Répétitif, fait de graves et d'aigus, il s'amplifie à l'approche du Pavillon des Etats-Unis. C'est là, dehors, que les artistes Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla ont installé un tank. Mais celui-ci est renversé et ce sont de réels athlètes qui, plusieurs fois par jour, s'entraînent sur le tapis roulant qui active ses bruyantes chenilles. Les athlètes dominent donc le tank autant qu'ils le contrôlent. Quant au char d'assaut, il nous apparaît aussi vulnérable qu'une tortue renversée. Mais que veulent nous dire les deux artistes, basés sur l'île de Puerto Rico, en associant de telles machineries qui offrent pourtant quelques similitudes dans leur mode de fonctionnement ? Quel serait le message du gouvernement des Etats-Unis avec ce tank couleur des déserts irakien ou afghan, ce char qui nous apparaît vaincu par un seul être, comme ce fut le cas place Tian'anmen ? Car force est de reconnaître que la biennale, pour les Etats, quels qu'ils soient, est aussi affaire de communication, alors que galeristes et collectionneurs commercent ensemble sans qu'aucun prix ne soit affiché.

imgAnges ou soldats

img sp Lee Yong Baek,
"Angel Soldier",
2011.


imgNombreux sont les pavillons, dans les Giardini, qui se consacrent intégralement au travail d'un artiste, duo ou collectif. Et c'est encore le cas au Pavillon Coréen qui présente plusieurs installations, photographies et vidéos de Lee Yong Baek. Mais rien, à première vue, ne semble distinguer les photographies composant la série "Angel Soldier" de la séquence vidéo qui porte le même nom. Si ce n'est quelques mouvements, aux limites du perceptible, dans un univers de fleurs artificielles. Oui, il y a des déplacements ici ou là, quelqu'un habite l'image, faisant corps avec son environnement florale. Et c'est lorsque l'on distingue une arme de guerre, un fusil, que l'on comprend qui habite l'image : un soldat, puis un autre, et encore un, dont les tenues de camouflage sont pour le moins inattendues. Le pouvoir des fleurs, sur la guerre, est sans limites, bien qu'elles soient, ici, au service du militaire. Et les étranges costumes sont aussi présentés dans l'exposition. Les noms qu'ils portent, Joseph Beuys, Marcel Duchamp, John Cage et Nam Jun Paik, trahissent les multiples influences historiques de Lee Yong Baek mais là, rien de très surprenant tant il est d'artistes qui se réclament de Duchamp comme de Cage !

imgAu cœur de l'actualité

Natures sp

Taryn Simon, "Nuclear Waste Encapsulation and Storage Facility, Cherenkov Radiation, Hanford Site,
U.S. Department of Energy, Southeastern Washington State",
2005-2007, courtesy Gagosian.


imgIl n'est point, à Venise, de thématiques sociales, sociétales ou environnementales qui ne soient évoquées. Et c'est au sein de l'exposition collective du Pavillon danois que l'on découvre les quelques images, dont l'une est tout particulièrement ancrée dans l'actualité, de Taryn Simon. Il s'agit de la photographie d'un bassin au fond duquel on devine des conteneurs métalliques abritant quelques déchets radioactifs. On apprend alors sur le cartel accompagnant l'œuvre qu'il s'agit de capsules très hautement radioactives et que le site américain de Hanford en recèle bien d'autres. Un complexe nucléaire qui avait été construit en 1943 et où l'on a produit du plutonium en quantité jusqu'à la fin de la guerre froide. C'était avant Fukushima, avant même Tchernobyl, quand on pouvait encore effectuer quelques rejets radioactifs dans l'environnement sans que le monde n'en soit informé, pour ne pas qu'il s'inquiète inutilement. Taryn Simon avec cette image provenant d'une série destinée à rendre visible ce qui ne l'est pas dans son pays, nous apprend qu'Hanford compte parmi les sites américains les plus contaminés. Combien y a-t-il de Hanford en devenir dans le monde ?

imgRobots d'artistes

Natures sp

Federico Di'az,
"Outside itself",
2011, source Daniel Sperl.


imgIl y a, sur le plan officiel de la Biennale, un logo Swatch. Car c'est à Venise qu'il faut être pour les marques comme pour les musées. D'où le nombre sans cesse grandissant des événements collatéraux en cette exposition internationale qui semble ignorer la crise. Celui intitulé "Outside itself", et organisé par le centre d'art contemporain DOX basé à Prague, n'est qu'à quelques encablures de l'Arsenal. Federico Di'az y a installé deux robots industriels qui s'activent à sa place. Personne ne connaît la forme finale de la sculpture qu'ils réalisent en assemblant méticuleusement de petites sphères en plastique noir. Pas même l'artiste qui n'a conçu que les règles régissant le processus de fabrication de l'œuvre, en rédigeant quelques algorithmes ayant valeur de "statement". La sculpture se fait donc sans l'artiste, mais pas sans les spectateurs puisque les robots sont équipés de capteurs qui les renseignent sur l'activité environnante afin qu'ils intègrent le contexte de l'œuvre dans la forme même de cette création in progress. Joseph Beuys, en d'autres temps, l'avait proclamé : « Nous sommes tous des artistes », humains ou robots.

imgDu numérique en sculpture

img sp Barry X Ball,
"Double-sex rococo
scholars' stone
scream mandorla,
with "décoration"",
1998-2004.


imgDans Venise, il est même des artistes contemporains comme Barry X Ball qui investissent les musées. Ce dernier a en effet pu installer ses œuvres au sein du Ca' Rezzonico pourtant dédié d'ordinaire au XVIIIe siècle vénitien. Ces créations, parce qu'elles renouent avec la tradition des portraits sculptés, s'intègrent parfaitement aux pièces historiques. Bien qu'elles diffèrent des collections du fait, notamment, des procédés de fabrication mis en place par l'artiste. Car le degré de réalisme tout comme la perfection des anamorphoses, l'instantanéité des expressions ou le niveau de détails des motifs est aussi imputables au choix d'utiliser scanners 3D, applications de modélisation et fraiseuses à commandes numériques. Mais la contemporanéité de l'esthétique de Barry X Ball naît surtout des étranges assemblages ou compositions qui nous questionnent ainsi que des marbres ou onix qu'il sélectionne pour des spécificités que bien des anciens auraient qualifié de défauts.

imgArticle rédigé par Dominique Moulon pour MediaArtDesign.net, août 2011.